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ET QU’EST-CE QUI SE PASSE AVEC CETTE POLOGNE ?

L’insurrection de novembre en 1830 est une épreuve qui marque toute la génération des premiers romantiques polonais. Aux yeux des Polonais du XIXème siècle, ce soulèvement armé contre l’occupant russe est l’événement déterminant de l’époque.

Après l’échec de l’insurrection, plus de six milles de ses participants sont contraints de fuir le Royaume de Pologne. Ce sont surtout des hommes, des officiers, des dirigeants et des soldats de l’insurrection qui sont obligés d’émigrer, puisque ils sont la cible des répressions les plus sévères.

Toutefois, ce n’est pas au nombre d’émigrés que la Grande Emigration doit sa « grandeur ». La grandeur de ce mouvement, réunissant les représentants de milieux différents : civiles et soldats, laïques et religieux, blessés au combat et ceux qui n’ont jamais participé aux batailles, repose sur une détermination commune pour la réalisation de l’idée de la Pologne indépendante, à laquelle chacun participe à sa manière.

LA NOUVELLE SODOME ?

Les émigrés post insurrectionnels, en traversant les terres annexées par la Prusse, se dirigent à l’ouest. Sur les territoires allemands, on les accueille comme des héros. Pourtant, ils n’y restent pas, ils continuent la route pour rejoindre la France.

Paris n’est pas aussi accueillant que la province, où les immigrants sont reçus si chaleureusement que maints d’entre eux s’y installent. Les dirigeants de la capitale ont peur de la concentration des étrangers, surtout lorsqu’ils sont majoritairement d’anciens soldats. On craint des complots, et l’on voit d’un mauvais œil l’apparition d’associations et d’organisations polonaises.

Celui qui arrive à Paris dans les années 1830, assiste à la naissance d’une capitale européenne moderne. L’industrie se développe rapidement, la première ligne ferroviaire est en train d’être construite, les mœurs évoluent.

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« L’HÔTEL » DU PRINCE ADAM

Adam Jerzy Czartoryski arrive à Paris en 1834 pour s’y installer définitivement. Il a déjà une expérience dans l’armée, dans l’administration gouvernementale, dans la diplomatie russe et une position bien établie dans le milieu littéraire.

Aussitôt, il rassemble un groupe de personnes aux idées politiques similaires, libéral-conservatrices, qui avec le temps devient de facto un parti politique, appelé le « Parti de l’Hôtel Lambert ».

L’hôtel Lambert est un hôtel particulier situé sur l’île Saint-Louis, au cœur de Paris. Anna Sapieha, sur les conseils de Frédéric Chopin, l’achète en 1843 pour le transmettre à sa fille Anna Czartoryska et à son beau-fils Adam Jerzy Czartoryski. Ainsi, l’hôtel Lambert devient la scène la plus importante de la politique polonaise en exil et de la vie sociale et culturelle des Polonais à Paris.

PREMIERE DAME

La femme d’Adam Jerzy, princesse Anna Czartoryska, qui dans le milieu de l’émigration joue le rôle de la Première dame, sollicite des dons partout : chez les siens et les autres, en France et à l’étranger. Elle organise des bals, des ventes et des loteries à l’hôtel Lambert, elle invite des artistes à donner des concerts de bienfaisance. C’est de son initiative que l’Œuvre de Saint-Casimir est créée en 1846. C’est une maison d’accueil menée par les Sœurs de la Charité. Celle-ci existe toujours.

Anna Czartoryska fonde aussi l’Institut pour les jeunes filles polonaises. Le but principal de l’Institut est de, comme on dirait aujourd’hui, égaliser les chances. Des jeunes filles, émigrées ou non, qui sans aide financière n’auraient pas pu être scolarisées, obtiennent l’accès à l’éducation grâce à l’Institut. Effectivement, l’enseignement primaire et secondaire, surtout en langue polonaise est une des questions importantes pour l’émigration polonaise.

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ECOLE

L’éducation acquise en France entraîne une amélioration réelle de la situation financière. Les diplômés des Ecoles militaires du Royaume du Congrès peuvent prétendre à une solde plus importante s’ils étudient mais pour cela ils doivent d’abord obtenir un permis d’études (seulement les candidats en médecine sont dispensés de ce cette obligation. Les autres sont dans une situation plus difficile, ils sont obligés de choisir entre étudier et travailler.

La Société d’Aide Scientifique, fondée par Adam Jerzy Czartoryski en 1832, est une chance pour eux, elle soutient les étudiants aussi bien que les lycéens. De surcroît, elle finance deux écoles pour les enfants d’émigrés polonais.

PLUS PETITS QUE LES GRANDS

L’histoire de la littérature polonaise divise traditionnellement la création de l’entre-deux insurrections en deux catégories : celle de la Pologne et celle de l’exil. Les noms des écrivains restés en Pologne échappent même aux étudiants des Lettres, par contre la Triade des bardes (et Norwid) est connue de tous.

Effectivement, les talents littéraires ne manque pas dans le milieu des émigrés. Les réfugiés polonais prennent régulièrement la plume pour écrire l’histoire de l’insurrection, partager leur nostalgie envers la patrie ou retranscrire leurs souvenirs. Cependant, à l’exception des œuvres des poètes les plus célèbres, on ne peut pas considérer que l’émigration de l’entre-deux insurrections enfante une grande littérature.

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MICROCLIMAT RELIGIEUX ET UN ARISTOCRATE A LUNETTES

Les romantiques perçoivent ce qui les entoure comme un signe de la présence des autres sphères et êtres. La réalité perceptible par les sens et saisissable par la raison est pour eux seulement un fragment du monde et elle ne représente pas toutes ses dimensions. Ceci montre à quel point les besoins spirituels des hommes du XIXème siècle sont immenses.

Les émigrés polonais dans le Paris romantique, qui souffrent de la solitude, de la pauvreté et de l’éloignement familial, n’échappent pas à ce besoin. Ils cherchent à fuir leurs malheurs en se rapprochant des autres et en s’unissant, mais aussi en se rapprochant de l’Eglise, qui ne parvient pas toujours à assouvir la faim spirituelle en éveille.

Le Cercle de l’Œuvre de Dieu organisé à Paris par Andrzej Towiański  repose sur un système religieux, les écrits expliquant la doctrine, ses propres reliques et rituels, enfin une langue spécifique, puisqu’il est impossible de parler du nouveau programme du développement spirituel sans introduire des néologismes.

JULIUSZ SŁOWACKI : POÈTE DISPARAISSANT

Słowacki est admis au Cercle de l’Œuvre de Dieu le 12 juillet 1842, et cet évènement change sa vie. Frère Juliusz trouve sa place non seulement parmi les membres du Cercle, mais aussi dans la doctrine religieuse et dans le programme du renouveau spirituel de ce dernier.

Pourtant, il rompt ses liens avec le Cercle. En se séparant du Cercle, Słowacki traverse réellement une transformation spirituelle, qui bientôt devient la base pour sa propre conception de la foi.

Le départ du Cercle n’est pas la première disparition de Juliusz Słowacki. Après être arrivé à Paris en 1831, il s’engage activement dans la vie publique de l’émigration polonaise. Au bout de quelques mois, il est dégoûté de la communauté qui sous-estime ses deux recueils de poésie ainsi que sa personne. Il part.

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PAS SEULEMENT LA SOCIÉTÉ HISTORIQUE ET LITTÉRAIRE

S’associer et passer du temps ensemble est, pour les émigrés, d’une part, une fuite de la solitude, de l’autre, une possibilité de coopération et de réalisation de buts tantôt spirituels tantôt politiques. Il est, donc, naturel que de nombreuses sociétés surgissent à Paris à partir des années 1830 réunissant des émigrés autour de causes multiples.

Etant donné que la priorité pour l’émigration polonaise est de retrouver la liberté et d’élaborer une nouvelle vision de la Pologne, les discussions les plus importantes se déroulent dans les sociétés à caractère politique.

Une des sociétés les plus importantes de l’émigration polonaise est la Société Littéraire. Elle réunit les plus grandes personnalités de l’émigration

6, QUAI D’ORLEANS

En 1838, la Société littéraire et la Société d’Aide Scientifique érigent la Bibliothèque Polonaise à Paris et commence la sollicitation de fonds, surtout auprès de particuliers, en vue d’acheter des locaux. Finalement, elle s’installe sur l’île Saint-Louis, Quai d’Orléans.

La Bibliothèque polonaise, qui réunit les collections de la Société Littéraire et de la Société d’Aide Scientifique, est une réponse à la lutte contre la culture polonaise menée par Nicolas Ier. Dans le cadre de la dépolonisation on liquide et détruit les bibliothèques polonaises, et on emporte en Russie les collections les plus précieuses.

La bibliothèque s’enrichit rapidement, entre autres grâce aux donations des collections privées, notamment de Niemcewicz et Bem. En 1903, la Bibliothèque ouvre le Musée d’Adam Mickiewicz dont la collection rassemble des manuscrits, souvenirs et autres documents liés à l’œuvre de l’auteur des Aïeux et de Messire Thaddée offerts par Władysław Mickiewicz.

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